VIDEO. Les
inégalités... so what ?
La capitale
britannique est la ville la plus inégalitaire des pays développés. Près d’un
habitant sur trois vit sous le seuil de pauvreté. "L'angle éco" s'est
rendu dans la métropole accueillant le plus de milliardaires au monde,
Londres, la ville des inégalités assumées.
Mis à jour le 17/10/2016
L'angle éco : les inégalités... So what ?
Outre-Manche, les
inégalités se voient, et se revendiquent. Si les inégalités ont sensiblement
augmenté en France et dans le monde depuis la crise de 2008, elles sont
criantes à Londres. Capitale mondiale des millionnaires et milliardaires, la ville comprend aussi des quartiers
d’une extrême pauvreté. Aujourd’hui, 28% des habitants – et quatre enfants sur dix – sont pauvres à Londres.
Selon la campagne End Child Poverty, ce chiffre n’a pas
évolué depuis quinze ans. A Tower Hamlets, quartier de l’est londonien, un
enfant sur deux – et près d’un ménage sur deux – vit sous le seuil de
pauvreté. Il s’agit du taux de pauvreté le plus élevé du pays, près du double
de la moyenne nationale. Le taux de chômage, situé entre 8 et 9%, y est l’un des
plus élevés de la ville. Cette partie de Londres abrite les quartiers les plus
défavorisés de tout le pays.
Quand l’extrême
richesse côtoie l’extrême pauvreté
Tower Hamlets connait
pourtant des niveaux de salaires parmi les plus élevés de la ville. La raison ?
C’est dans la partie sud de ce quartier que se situe Canary Wharf, un quartier d’affaires abritant les sièges
européens de banques telles que Citibank, Barclays ou HSBC. A peine plus d’un
kilomètre séparent les tours de ce cœur financier de la population la plus
pauvre du Royaume-Uni. Le contraste est saisissant.
Tower Hamlets est
aussi voisin de la City de Londres, le premier centre financier européen. Au
croisement de ces deux quartiers, en plein cœur londonien, des inégalités sont
même visibles au sein de certains immeubles. Un exemple ? One Commercial
Street, immeuble luxueux abritant une part de logements à coût modéré. Le
bâtiment comprend une entrée principale, réservée aux propriétaires les plus
aisés, et une deuxième entrée, sur le côté de l’immeuble, pour les résidents
les plus modestes.
L’immeuble est loin
d’être le seul à avoir mis en place cette séparation. Selon une enquête du quotidien britannique The Guardian,
ce phénomène des “entrées de pauvres” se développerait au sein
de Londres. Boris Johnson, l'ancien maire conservateur de la ville et candidat
aux élections législatives de mai, a assuré qu’il souhaitait dénoncer et
empêcher le développpement de ce système. Sans toutefois formellement l’interdire, comme a promis de le faire Bill de Blasio, nouveau maire de
New York.
Des écarts de
richesse assumés et défendus
Pour Boris Johnson,
cette ségrégation au sein d’un même bâtiment est une pratique très ancienne.
Les inégalités ne sont pas une nouveauté à Londres. Dans la capitale
britannique, en 2010, les 10% des plus riches avaient un niveau de richesse 273 fois
plus élevé que celui des 10% les plus pauvres, selon une étude de
l’université de Sheffield. Danny Dorling, l’auteur de cette étude, estime que
cet écart est aujourd’hui encore plus grand. Un Londonien sur 35 possède plus d’un million de dollars (880 000 euros),
et le nombre de milliardaires s’élève désormais à 72 dans la capitale – un
record historique.
Pourtant, ces
inégalités économiques, on les assume à Londres. Lors d’un discours en novembre
2013, Boris Johnson avait déclaré que les inégalités de richesse étaient essentielles au
développement de “l’esprit d’envie”, et fonctionnaient comme un
véritable “stimulant” pour l’activité économique. “Je
ne pense pas que l’égalité en économie soit possible, avait-il ajouté. Des
mesures d’inégalités sont essentielles pour donner envie de faire aussi bien
que les autres.”
Andrew Lilico,
économiste conservateur et directeur du think tank Europe Economics, partage cet avis. Selon lui, les inégalités sont une “source
d’inspiration, une incitation à la réussite. Elles tirent les gens vers le
haut, estime l’expert britannique. En Grande-Bretagne, les
gens considèrent que votre richesse est le produit de votre travail, de votre
talent ou de votre chance. Vous n’avez pas honte d’être riche, ajoute-t-il. La
richesse étant déjà entre de bonnes mains, la question des inégalités ne se
pose pas vraiment."
Un problème
désormais politique ?
L’économiste estime
que jusqu’ici, les Britanniques “ne se sont guère inquiétés des
inégalités”. La richesse n’était pas remise en question, tout comme le
développement de très hautes fortunes. Mais il le reconnaît, la crise
financière et l’arrivée du thème des inégalités sur le devant de la scène a
peut-être changé la donne depuis 2008.
A Londres, les écarts
de niveaux de vie sont devenus si excessifs qu’ils impactent désormais la santé
des habitants. James Cheshire et Oliver O’Brien, deux chercheurs de
l’University College London, ont mis au point une carte du métro londonien
montrant précisément les écarts d’espérance de vie, station après station. Les
résultants sont criants. Seulement quatre stations de métro séparent Vauxhall
d’Oxford Circus. En espérance de vie, c’est un écart de près de vingt ans.
Face à
l’intensification récente des écarts de richesse au Royaume-Uni, le débat
autour des inégalités se politise. Le parti travailliste prône une meilleure
redistribution, tandis que les conservateurs doivent s’interroger sur la voie à
suivre pour répondre à cette question. Jusqu’à présent, l’héritage de
l’ancienne Première ministre Margaret Thatcher, dont la politique a sensiblement augmenté les inégalités, a été très
fort sur ce sujet. Les écarts de richesse seront, en tout cas, l’un des thèmes
clés des élections législatives du mois de mai.
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